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Tic tac

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Samedi 17 mai 2008
Aujourd'hui, j'ai été fouillée. Fouaillée et sondée jusqu'aux os dans mes replis les plus intimes. Vessie, foie, pancréas, trompes...
M
es organes enfermés dans mon ventre ont aujourd'hui livré leur secret.

- Votre échographie n'est pas normale, m'avait prévenue le médecin il y a un mois. Je vous prescris un scanner pour en avoir le cœur net.

Aussitôt, j'avais pris rendez-vous dans une clinique. Reçu une ordonnance en retour et m'étais conformée au traitement prescrit : au vu de mes antécédents allergiques, trois fois trois.
À savoir, trois cachets à prendre dans les trois jours précédant l'examen.

Sur les trois médicaments prescrits, j'en supportais bien deux. Le troisième m'expédiait
en revanche sur une autre planète.
Le lendemain de chaque prise, le réveil était une pure douleur. Je m'extirpais l'après-midi d'un coma la langue collée au palais, la tête lourde, le cerveau plongé dans du coton.
Tenace impression qu'un semi-remorque m'avait roulée dessus, en marche avant puis arrière.
Hébétée avant même de poser le pied à terre, engluée jusqu'au soir dans un shoot de mauvais trip.

- Pas grave, me disais-je. La vérité est à ce prix puisque dans deux jours... un jour... aujourd'hui... tu sauras.

Première erreur. À jeun depuis la veille, fracassée aux médocs, l'estomac débordant de sulfate de baryum (à boire une heure avant l'examen, histoire de clore les réjouissances), prête à dégueuler mes tripes sur le comptoir du bureau d'accueil, je n'ai pas su.
Leur scanner était tombé en panne quelques heures auparavant.
- Désolée madame, faut reprendre rendez-vous.
Écœurée, au bord des larmes, je n'avais pas eu la force d'ouvrir mon agenda. Juste celle de tourner les talons sans un mot et d'appeler une amie pour lui hurler :
- Leur putain de machine ne marche pas ! J'ai fait tout ce cirque pour rien et je ne suis même pas fixée !

Dix jours plus tard, aujourd'hui, je suis retournée à la clinique.
L'hôtesse qui m'accueille est aussi belle et noire qu'une statue d'ébène, version plus souriante.
- Asseyez-vous, on vous appellera dans cinq minutes, me dit-elle d'une voix chaleureuse.
J'obéis et attends mon tour. Résignée à faire le pied de grue une bonne demi-heure, car le délai qu'elle m'annonce, je n'y crois pas.

Deuxième erreur. À peine cinq minutes se sont-elles écoulées qu'on crie mon nom et qu'une autre déesse noire m'ouvre une porte.
Celle d'une petite cabine impersonnelle où elle me somme d'enlever mes chaussures, mon pantalon, mon soutien-gorge et mon collier.
Persuadée que l'imminence de l'examen dépend de ma rapidité, je m'exécute en un éclair.

Troisième erreur. À moitié nue, assise en petite culotte sur le siège de mon réduit, j'attends et entends le déroulé de l'examen en cours :
- Gonflez vos poumons. Ne respirez plus !
Les minutes coulent à une allure de fourmis. Celles qui envahissent mes jambes à mesure que la peur me tord le ventre.
- Dans cinq minutes... dans quatre... dans trois... tu sauras.
Mais soudain, je n'ai plus si envie de savoir. Surtout envie de m'enfuir pour me réfugier chez moi, loin de cet univers glacé de blouses blanches et de machines.

- Entrez, c'est à vous.
Je traverse la pièce pour me coucher sur mon lit de métal. Crucifiée toute droite, jambes allongées et bras tendus derrière la tête, une aiguille fichée au creux de la veine. Marionnette sectionnée soumise aux instruments qui me scrutent, je réponds aux mêmes ordres entendus précédemment :
- Gonflez vos poumons. Ne respirez plus !
Grand moment de solitude, bientôt rompu par l'intervention laconique du technicien :
- Je vous passe la perfusion. La sensation de chaleur que vous ressentirez est tout à fait normale.
Cela dit, il enclenche un bouton et s'éloigne.
Je regarde, fascinée, le poussoir de la machine appuyer sur l'ampoule. Et à mesure qu'elle se répand dans mon corps, je suffoque.
Une main brûlante m'étrangle. J'ai envie de hurler que j'étouffe, mais mes amygdales sont si serrées qu'aucun son ne sort de ma gorge compressée. Bientôt, la main enflamme mes poumons, mon ventre, mon sexe.
Je sens palpiter ses lèvres entre mes cuisses. Cernée par les parois étroites de la machine, j'ai l'impression que je vais crever là comme une chienne, consumée sur le bûcher de l'Inquisition médicale, scrutée par l'œil indifférent de la machine.
- Respirez !
Mon corps démembré n'est plus chair, il n'est qu'organes.

Je respire. Me lève, me rhabille, repasse dans la salle d'attente.
Affamée, assoiffée, je mange et bois enfin.
À côté de moi, une jolie fillette aux yeux bruns regarde avec envie mon paquet de gâteaux. Après avoir demandé la permission à son papa, je lui en donne la moitié. Me réjouis de la voir la dévorer à belles dents, le cœur chaviré à la pensée de l'enfant que je n'aurai peut-être jamais.

Mais voici qu'on m'appelle à nouveau. La femme médecin qui me reçoit a les lèvres pleines et le diagnostic sûr :
- Vous êtes touchée des deux côtés.
Je regarde l'écran qu'elle me désigne, reconnais juste le trajet cambré de ma colonne vertébrale. Le reste s'éparpille en images que je ne comprends pas : un amas de formes indistinctes en dominantes de gris, contrastées du blanc au noir.
Un reste qui ne peut pas être à moi. Que je renie.
Impossible,
ce que je vois là n'est pas mon ventre découpé en tranches.
Pas mon ventre, i
l y a erreur. Une de plus à ajouter à la longue liste des autres. Celles de ce fichu examen repoussé à cause d'une panne stupide, celles de la vie tout court.

Les images se télescopent sous mon crâne alors que le médecin
répète doucement, comme pour m'ancrer ses mots dans la tête :
- Vous êtes touchée des deux côtés.
De grosses larmes roulent sur mes joues.
Désarçonnée, compatissante, elle ajoute par dessus ses lunettes :
- Rien n'est joué, vous savez... Mon rôle ne se borne qu'à lire les images et avec les moyens actuels, vous avez de nombreuses possibilités pour avoir un jour un enfant.

Nombreuses, peut-être. N'empêche qu'elles se résument pour l'instant à une opération.
En une heure, voilà mes perspectives de vie chamboulées.
Je croyais avoir encore du temps pour tout, je n'en ai peut-être plus beaucoup.
Et au fond de moi, des questions obsédantes, torturantes que je repousse : et nous ? Et lui ?

Il paraît que tout arrive à point pour qui sait attendre.
Ben non. Parfois, tout arrive trop tôt.
par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Lundi 12 mai 2008
Vrille
BOT. Organe de fixation filiforme de certaines plantes grimpantes, s'enroulant en hélice, en spirale autour d'un support.
TECHNOL. Outil formé d'une tige métallique munie d'un manche et terminée par une vis, servant à percer le bois.
AVIAT. Mouvement, figure d'acrobatie d'un avion qui descend en tournant sur lui-même.
NATATION Plongeon du tremplin qui comporte le saut carpé, puis la torsion en se dépliant.

Non, ce n'est pas ça, la vrille.
La vrille, c'est avoir un poignard dans le cerveau et des clous dans les orbites.

La vrille, c'est fermer les yeux et voir les morts. Puis les ouvrir et voir morts les vivants.
par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Samedi 10 mai 2008
Les notes d’un tango langoureux résonnent dans l’appartement. La musique me monte au corps comme une fièvre. Une pulsation pure tissée de désir, toute palpitante de baisers.
Je me lève, prends sa main et l'entraîne.


Dos bien droits, tailles creusées,
nous virevoltons enlacés devant la glace, la bascule de nos hanches accordée au rythme du bandonéon.
Nos lèvres se frôlent sans se toucher.
Son souffle pressé contre mon oreille m'effleure comme le plus doux des aveux.
"Je te désire mais dansons encore..."

Ma respiration dans son cou lui répond en murmure :
"Dansons encore tellement je te désire..."
Et nous tournons grisés de notre mouvement. Jambes tendues puis pliées, derviches
ou toupies folles se brûlant les pieds au plancher.

Soudain, je m'arrête un bras levé, l'autre ployé, la joue tendue.
Implacable, la petite musique de l’absence continue à couler.
Il n’est pas là pour m’étreindre.
Je dansais avec son fantôme.

par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Samedi 10 mai 2008
Un jour, Adrien m'appelle pour me demander conseil. Ayant besoin d'un lieu pour une rencontre amoureuse un peu particulière, il souhaite mon aide : connaîtrais-je quelqu'un susceptible de lui prêter un local, muni de crochets au plafond ?
La présence de ces crochets semble peut-être relever du détail.
Pas du tout. Ils sont au contraire d'une importance cruciale pour Adrien, car à eux il veut attacher sa soumise, l'écarteler afin de mieux profiter d'elle.

Je réfléchis. Non, je ne connais personne. Mais oui, je peux sûrement l'aider.
Pourquoi ne se servirait-il pas de mon appartement ? J'ai beau ne pas avoir de crochets au plafond, je possède de quoi les remplacer : une barre d'écartement à installer dans l'embrasure d'une porte.
Si ça lui va, il n'a qu'à disposer du tout.
Ça lui va.
Marché conclu.

Quelques jours avant son escapade, Adrien vient chez moi reconnaître les lieux et voir mon matériel. Et alors que nous bavardons, l'idée surgit : pourquoi ne fixerais-je pas deux crochets à la poutre de mon salon ?
Le dispositif, en plus d'être commode, serait très discret.
J'accepte sans difficulté.

Sitôt dit, sitôt fait. Les crochets sont vissés de main de maître par Adrien (serait-ce d'ailleurs au vissage qu'on reconnaît un bon Maître ?). Passée entre eux, une corde terminée par des menottes.
Ne reste plus qu'à en régler la longueur.
La soumise d'Adrien est plus petite que lui et plus grande que moi. Nous convenons donc de nous y attacher tour à tour pour déterminer la bonne hauteur.
Sur le papier, cela paraît simple. C'est compter sans les imprévus d'une telle situation...

Je me place sous les crochets, lève les bras.
Adrien, posté dans mon dos, referme les menottes sur mes poignets.
- Comment te sens-tu, là ?
- Prisonnière.
- Prisonnière... Vraiment ? souffle-t-il dans mon cou.
Soudain, je sens son corps collé au mien, son sexe en érection plaqué contre mes fesses. Je n'ai pas un geste pour fuir ou me défendre.
D'ailleurs, ainsi attachée, comment le pourrais-je ?
Adrien, posant ses mains sur mes hanches, m'attire davantage à lui et me murmure à l'oreille :
- Dès que je t'ai rencontrée, dès la première fois, j'ai eu envie de toi...

Je souris, d'un sourire qu'il ne voit pas.
Là, je m'attends à ce qu'il me tire les cheveux, arrache mes vêtements, m'oblige à écarter les cuisses et me gratifie d'une bonne fessée pour paiement de mon insolence.

Mais non, je projette.
D'abord, je ne suis pas la soumise d'Adrien. Trop timide, trop respectueux, il ne se permettrait jamais ces libertés avec moi.
Ensuite, Adrien n'est pas cet homme que j'attends et qui m'a promis mille châtiments. Lui, je sais qu'il tirerait avantage de ma position, jouirait de me voir ainsi rendue à lui, esclave de sa volonté.

Je tourne la tête. Les lèvres d'Adrien se posent sur les miennes.
Nous échangeons un baiser.
Nous échangeons nos positions.
C'est maintenant Adrien qui a les poignets enserrés par les menottes.
C'est maintenant moi qui suis dans son dos et pose mes mains sur ses hanches.

Nous nous regardons dans la grande glace du couloir. Sourions à nos reflets enlacés, rions d'avoir les mêmes pensées au même moment.
Bref aperçu :
- Drôle de rendez-vous, tout de même... Sa soumise adorera ce jeu de miroir, tant se voir prise décuple le plaisir d'être prise... Tiens, nous ne sommes pas mal assortis...
- L'image est belle, souffle Adrien.
Il a raison.
Mais bientôt, l'image se modifie, car je bouge.

Obligeant Adrien à se tourner dos au miroir, je ne joue plus le jeu de notre exhibition.
Se défaisant d'une menotte pour mieux me caresser, il ne joue plus celui du prisonnier.
Notre nouveau jeu se poursuivra dans l'autre pièce.

Une fois rentré, Adrien m'enverra un message pour me dire qu'il a encore mon parfum sur sa peau.
Et moi, je penserai que ces crochets resteront là où ils sont.
Parce que j'ai plein d'idées pour les utiliser... avec un autre.

par Chut ! publié dans : Classé X
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Mardi 6 mai 2008
La dernière fois que nous avons vu Lili, la responsable de Pilote Tour à Bangkok, elle s'est interrogée sur notre santé mentale.
- Deux places couchettes ? Parfait, a-t-elle griffonné sur un bordereau. Pour où ?
- Nakhon si Thammarat.
- Nakhon si Thammarat ?
Le stylo a cessé de rayer le papier.
- Oui, oui. Nakhon si Thammarat, please.
À ces mots, Lili s'est soudain décomposée. Puis affaissée sur son bureau, pliée en deux, les mains contre sa bouche, les épaules secouées de soubresauts.

Nous fixions son dos, désemparés.
Mais non, Lili ne pleurait pas. Elle riait. Follement, intensément, le chignon agité de convulsions, les paupières gonflées de larmes. Et tout en riant, elle répétait Nakhon si Thammarat.
Un nom en forme de bonne blague, l’empêchant de s’adresser à sa collègue.
Jusqu'alors sérieuse, celle-ci fut bientôt gagnée par l’hilarité.
- Nakhon si Thammarat… Nakhon si Thammarat ! s’étranglaient les deux Thaïes à qui mieux mieux.
Les cascades de leurs rires aigus ruisselaient jusqu’à plus soif sur leurs ongles manucurés.
- Mais personne ne se rend là-bas ! tenta bravement d'expliquer Lili entre deux hoquets.
- Ben si, nous.
- Mais c’est un trou ! Il n’y a rien à y voir ! Rien à y faire !
- Oui ! Partez plutôt sur les plages, à Phuket, à Krabi, à Ko Samui !

Leur conviction m’ébranla. Nakhon si Thammarat, c’était mon choix.
Je fouillai mon sac à la recherche du Lonely Planet.
En vain. Sûre de mon coup, je l’avais laissé à l’hôtel.
- Tant pis. Nous, on y va.

Nous avons quitté l’agence munis de nos billets et de deux certitudes.
La première était que Lili et sa collègue avaient probablement raison. Nakhon Si Thammarat devait être un bled paumé distillant un ennui profond, privé d'intérêt comme de plages de sable blanc.
La seconde, que nous leur avions offert le moment le plus désopilant de leur journée.

Sacrés touristes, va.

par Chut ! publié dans : Voyages, voyages
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Jeudi 1 mai 2008
J'ouvre ma boîte à cigarettes, en prend une au hasard et l'allume. Son goût âcre me râpe la gorge. Surprise, je l'ôte de mes lèvres pour la regarder. Elle n'a pas un filtre ocre mais blanc.
Aussitôt, je comprends : ce n'est pas une des miennes mais une des siennes. L'une des deux qu'il a laissées en partant. Elles ont longtemps traîné sur mon bureau, rangées dans leur paquet, avant que je ne les en déloge pour les placer dans ma boîte.
Zut. Je ne voulais pas les fumer bêtement, mais les réserver pour une (ou plutôt deux) occasion(s) spéciale(s). Sans compte que leur mauvais tabac trop fort ne va pas arranger mon mal de tête.
Cette clope venue d'ailleurs, c'est une option sur la migraine carabinée.
Tant pis. J'assume et tire un
e autre bouffée pour démarrer mon voyage à l'envers.

Un vendredi soir, deux jours avant son arrivée :
- Inutile de te déplacer à l'aéroport. Mon avion arrive à l'aube, les formalités de douane prendront peut-être du temps. Attends-moi plutôt à la maison.
À la maison, a-t-il dit. Je me suis répété ces quelques mots, bêtement émue.
À la maison, c'est en vérité chez moi. Mais son ton était si naturel que j'aurais pu croire que c'était aussi chez lui. Enfin, chez nous. Et qu'il revenait d'un banal voyage d'agrément.

De samedi à dimanche, je n'ai pas fermé l'œil. Trop énervée pour dormir ou même m'assoupir. Je pensais d'ailleurs qu'on serait à égalité, car son vol s'annonçait mal. En cela, je me trompais, mais qu'importe.
De la fatigue de la nuit blanche je ne sentais même pas les piques.

À peine le jour s'était-il levé que l'interphone a grésillé. J'ai volé jusqu'au fond du couloir pour décrocher le combiné. Ai distingué sa voix entre deux crachotements.
Du bas de l'immeuble à mon étage, la liaison n'est pas meilleure que depuis la France à l'autre bout de la planète.
- C'est moi, a-t-il dit.
Cette phrase
aussi m'a bêtement émue. On la prononce d'habitude sans y penser, en revenant des courses ou d'une balade. Rarement après une absence prolongée.
Pourtant, là encore, elle semblait naturelle. Comme s'il était parti la veille et que nous ne nous étions jamais quittés.

J'aime cette simplicité qu'il a dans le compliqué. Pile l'inverse de moi, compliquée dans les choses simples.
Son retour aurait pu être périlleux, voire casse-gueule. Mais dès cette minute, j'ai su qu'il serait sans accroc. Qu'il coulerait trop vite, mais paisible.
Évident comme ce long baiser qui nous a scellés dès l'escalier.
Harmonieux comme une belle fin de journée où nous avons fait l'amour, emportés par la voix de Tom Waits alors que le soleil couchant filtrait à travers les rideaux, projetant sur nos corps le damier de ses rayons.

La cigarette est presque consumée entre mes doigts.
Mon voyage à l'envers s'achève.
J'écrase la cigarette dans le cendrier.
Je reprends mon voyage à l'endroit.
par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Vendredi 18 avril 2008
Dans un coin du salon, son sac à dos, une bouteille de son parfum, ses vêtements neufs.
Sur le canapé, son ordinateur.
Éparpillés de-ci de-là, des livres, des jeux vidéo.
Dans la chambre, son gros sac de voyage ouvert qui sonne comme un rappel : cet homme-là est en partance. Bientôt, ses affaires déballées s'empileront en rangs ordonnés pour retourner de là où elles sont sorties.
Bientôt, la fermeture éclair et la parenthèse seront refermées.

Éparpillées dans l'appartement, toutes ces traces sont de s
ubtiles correspondances (son passeport, mon visa pour le Laos), des chevauchements cacophoniques de nos univers (ses tee-shirts légers à côté de mes manteaux, son magazine sérieux abandonné sur les miens...) ou des témoins d'instants vécus, comme ce bâillon sur l'égouttoir de la cuisine, nos affaires en boule au pied du lit, les oreillers entassés sur le drap découvert.

Là nous avons vécu, un peu.
Et nous allons vivre encore, un peu.
par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Dimanche 13 avril 2008
Dehors, le jour se lève à peine. J'allume une cigarette, ouvre la fenêtre et respire l'air frais de la nuit.
Les notes de L'Arbre qui voit s'égrènent dans la chambre en coulées de musique pures.
 
L'avion décrit un cercle au-dessus de la ville puis descend lentement, palier par palier.
La piste est une ligne droite, aveuglante, de l
umières.
Un léger soubresaut.
L'avion s'est posé.

Il est dans cet avion.

par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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Mercredi 9 avril 2008
Tu le sais, j'ai un fantasme : celui de te mettre à quatre pattes devant moi, de te chevaucher entre mes cuisses écartées, de te caresser les épaules en me laissant aller sur toi.
De sentir sous mes doigts le liquide échappé de mon corps réchauffer ta peau.
De voir en chemin ses rigoles redessiner tes muscles, s'attarder paresseusement dans leurs creux et rouler, plus rapide, sur ses bosses.
De voir ses ondes ruisseler sur ton dos courbé, mouiller tes cheveux, épouser les courbes de tes fesses, couler le long de tes flancs pour se répandre à terre, baignant tes genoux, tes paumes et mes pieds.
La flaque qui grandit sur le parquet est la marque même de mon excitation, une fluidité qui précède une autre : celle de mon sexe trempé que je t'offrirai en me glissant devant toi, encore perlé de mon désir accroché à ma toison.

À moins que nous ne soyons tous deux dans la baignoire. Enlacée à toi, vulve ouverte contre ta cuisse tendue, je me soulage en léchant ta bouche. Et tu t'agenouilles pour exposer ton torse, ton cou, au jet dru qui jaillit de ma chatte, dilué par l'eau de la pomme de douche.
La chaleur que tu ressens est-elle la mienne ou celle de l'eau brûlante ?
Cette indécision ne peut être tranchée. N
e pas savoir mais deviner est même ce qui en fait tout son prix.

Par ce geste, c'est l'alchimie secrète de mon corps que je te restitue. Son travail souterrain que je te révèle et dont je t'éclabousse.
Source, rivière de mon plaisir et fontaine de ma jouissance.

Je le sais, ce fantasme fait partie de tes limites. Aussi ne te l'imposerai-je pas.
Mais d'avis tout le monde peut changer, n'est-ce pas ?
par Chut ! publié dans : Classé X communauté : xFantasmesx
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Lundi 7 avril 2008
La solitude...
A
vec ses airs d'ennui, de face à face contraint avec soi-même, de désert sans présence pour l'habiter, elle effraie beaucoup de gens. Elle sonne creux, inutile, comme un vide à remplir de toute urgence ou une épine dans le pied à s'arracher... quitte à se couper le pied.

Mon père, par exemple, fait partie de cette catégorie. La solitude, plus que pénible, lui est insupportable. Pour se sentir vivre (vivant ?), il a besoin de témoins, d'yeux qui le regardent et d'oreilles qui l'écoutent, même s'il radote. Et quand il n'y a personne alentour, il lui reste ses dévoués compagnons attachés à ses traces. Si fidèles qu'a-t-il lâché en plein dîner, sous forme de "boutade", c'est eux qu'il remercierait sur sa pierre tombale.
Son épitaphe ?
Il fut aimé de ses chiens.
No comment, même pas drôle.

Bref. N'avoir rien à faire, pas âme qui vive à voir, ça le panique. Du coup, il passe son temps à le remplir,
multipliant les loisirs, remplissant son agenda à ras-bord. Le moindre trou est une angoisse, un blanc à affronter, la perspective d'un horrible moment à passer dans le huis-clos de son cerveau.
L'enfer n'est pas les autres pour tout le monde.
Pour certains, l'enfer, c'est soi-même.

Moi, au contraire, j'aime me retrouver seule. Pour me ressourcer, j'en ai même besoin.
Le tourbillon des sorties, des multiples rendez-vous, des activités qui s'enchaînent me fatigue vite. À peine m'a-t-il happée que j'ai envie de me retrouver chez moi, au calme, téléphone coupé. Dans une bulle de musique, plongée dans un bouquin ou un film, occupée à écrire ou à rêver, sans avoir à parler ni à faire d'efforts.
J'ai beau être sociable, je tiens au fond de l'ermite retranché dans sa cellule, replié dans son antre, en-deçà du monde réel.
Le mien, intérieur, me suffit. D'autant de mon ermitage, je peux en sortir quand il me plaît, puisque j'ai les clés.

Mais la solitude qui m'habite en ce moment, surtout depuis mon retour de "là-bas", n'a rien à voir avec ça.
C'est un sentiment, ou plutôt un état, ni agréable, ni désiré.
Loin de m'apaiser, il m'écorche, me laisse à nu, désemparée, me fait monter des boules d'angoisse dans la gorge, me plie en deux par surprise.
Je voudrais le fuir ou, à défaut, négocier afin qu'il me fiche la paix. Parce que lui tordre le cou, j'ai beau essayer, je n'y arrive pas...

Pourtant, y a des heures où ça va : l'ennemi, sous contrôle, se tait et reste tellement discret que je crois en être débarrassé.
Erreur : il s'est caché pour mieux revenir en traître.
Là, ça ne va plus du tout. Je n'ai plus l'impression d'être seule, j'en ai la certitude. Et je me sens petite, si petite, écrabouillée quelque part entre le mur et le canapé. Étrangère au monde, à tout le monde, à commencer par moi-même, remplie de larmes, d'aiguilles, d'échardes et de chardons.

Je ramperais pour un peu de douceur, de bienveillance et de tendresse. Pour m'allonger tout contre l'homme que j'aime et nicher ma tête au creux de son épaule. Pour qu'il m'entoure de ses bras et passe sa main dans mes cheveux. Même pas besoin de parler. Juste sentir sa présence.

S'il n'y avait qu'un mot pour décrire ce que je ressens, ce serait orpheline.

par Chut ! publié dans : Au jour le jour
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